Refondre un site ministériel, partie 3: le design

Dans ce troisième volet, après avoir parlé techno et gens, voici que je vais parler de design. Le nouveau site du ministère de la Sécurité Publique est, à mon sens, l’un des sites ministériels les plus osés sur le plan visuel. Ok, on parle toujours d’un site corporatif, pas d’une firme de design avec plein de trucs expérimentaux, mais on a fait un bon bout de chemin, surtout si on compare avec l’ancienne version… Travailler sur un tel design a été tout un défi pour notre équipe interne. Je vous partage donc certains points de vue et des orientations qui ont guidé nos choix… ou nos limitations!

Trouver une orientation

Avant de me lancer dans les explications détaillées sur les choix visuels, je crois qu’il faut mettre la table sur la culture de l’organisation et l’historique, ainsi que sur les diverses orientations que devait prendre le design du site.

Faire un visuel pour un site ministériel n’est pas une mince tâche, contrairement à ce certains pourraient peut-être croire. C’est un site corporatif, donc administratif, vu par des milliers de personnes, payé par les fonds publics et qui transmet l’image du gouvernement. Bref, on marche sur des œufs. Le processus décisionnel est lourd et tous les niveaux de la hiérarchie ont leur mot à dire. De quoi donner des maux de tête à n’importe quel designer!

Visuel de l'ancien site ministériel
L’ancienne page d’accueil du site ministériel.

De plus, l’équipe de projet voulait trancher avec le visuel de l’ancien site. Il se faisait vieillot et avait besoin d’être rafraîchi considérablement. Il y avait déjà eu, par le passé (plusieurs années), un travail de recherche d’image pour le ministère et il a toujours été difficile de représenter les quatre grands secteurs, soit la police, la sécurité incendie, le correctionnel et la sécurité civile. Les susceptibilités de chacun et le désir d’être présenté prévalait sur la qualité graphique, ce qui pouvait facilement mener à une «pizza graphique».

Daniel lafrenière, dans le cadre de l’enquête utilisateurs, a remarqué que peu de gens connaissaient l’organisation. Il y avait de la confusion sur la mission et les rôles. Par exemple, peu de gens savaient que le ministère gère les centres de détention. C’est alors que nous devions nous poser la question qui tue: «Quelle orientation prendre?». Voici nos deux choix:

  • Présenter le résultat de l’action du ministère, soit un environnement sécuritaire ou;
  • Présenter ce que l’on fait, nos gens, notre réalité.

Pour prendre une telle décision, il fallait regarder plus large que juste notre organisation. Dans toute conception, on regarde les concurrents. Mais un ministère, ça n’a pas de concurrents, hein? En fait, pas au sens propre, mais on doit se démarquer; de quoi? l’erreur la plus commune dans ce cas ci est de vouloir se démarquer de nos semblables des autres «états»: sécurité publique fédérale, Ontarienne, des États-Unis… Dans les faits, les gens qui accèdent au site ministériel vont généralement avoir à accèder à d’autres sites du gouvernement du Québec. Il faut donc que le ministère se démarque des autres M/O, avoir un site avec une identité assez forte visuellement pour qu’on puisse aisément le reconnaître parmi d’autres.

La première piste, soit de montrer le résultat de l’action ministérielle par un environnement sécuritaire, est généralement illustrée par des gens heureux, qui n’ont pas de soucis ou de problèmes. Des citoyens qui vivent au Québec et sont biens. Or, cette approche est très commune. Présenter des gens heureux, dans un environnement sécuritaire, des petites familles aux enfants joufflus, c’est un peu déjà-vu. On a de la difficulté à faire la différence entre le ministère de la Sécurité publique et n’importe quel autre… Montrer des citoyens heureux, ça ne montre pas ce que fait l’organisation.

Or, le MSP a la chance d’être un ministère avec une image forte: des uniformes (pompiers, services correctionnels, policiers), de l’action, des images d’événements… C’est une piste nettement plus prometteuse et engagée que de faire appel à des banques d’images montrant des gens heureux. Il y a tant d’images qui viennent en tête lorsque l’on parle des secteurs que nous ne pouvions passer à côté d’une telle opportunité. C’est ainsi que le choix d’une approche photographique, où sont montrées les vraies choses, les événements, les uniformes, la réalité a pris le dessus. C’était un pari risqué, vu la difficulté de se procurer les photos et la sensibilité de certaines d’entre-elles. Malgré tout, c’était là le meilleur moyent pour démystifier l’action et le rôle du ministère de la Sécurité publique. Et je crois que c’est réussi!

Silos?


On voit le lien entre la structure administrative et la navigation dans le site, situation particulière au MSP due à la mission et aux secteurs d’activitées.

Ok, je sais, sur la page d’accueil du site, on voit d’emblée la structure administrative. C’est mal. On ne cesse de répéter que la structure administrative ne doit pas être visible sur le site, on s’adresse à des gens qui ne connaissent pas l’oranisation. Ben… comme le disait si bien Michaël Carpentier, le ministère est assez différencié pour que les entités administratives (disons silos, c’est plus court) soient assez différents pour la clientèle. Dans le fond, si quelqu’un veut de l’information sur les pompiers, ben, il va aller dans la section appropriée, peu de chances qu’il aille dans la section dédiée au correctionnel… (M’enfin, je sais qu’on pourrait être surpris parfois.)

C’est assez rare que la structure de l’organisation colle si bien à la structure de l’information. Bien entendu, il a fallu tout de même regrouper certaines choses et effacer la structure administrative dans chacun des silos, je dirais que c’est un «work in progress», mais ça avance…

Maquettes schématiques sur tableau blanc
L’atelier a permis de mettre en place les éléments de la page d’accueil su site.

Pour la navigation, nous avons donc, lors d’ateliers avec l’équipe de Zengo, décidé de mettre les deux approches de l’avant, soit une navigation par profils («Vous êtes») et par secteurs. Nous voulions aussi donner une présence forte à l’image, la photographie dans les gabarits de page. Rares sont celles qui proviennent de banques d’images, la plupart étant produites à l’interne.

Le design…


Les images des secteurs présentent en filigrane du texte provenant de la déclaration de services aux citoyens.

Les photographies sont traitées, je l’avoue (voyez ici le manque de surprise de l’auditoire). Nous nous permettons certains ajustements de contrastes et de teintes pour augmenter certains effets. Les textes en filigranes sont apparus en cours de travail de conception, en équipe. Les phrases ou expressions sont issues de la déclaration de services aux citoyens… c’est une idée intéressante sortie par un stagiaire au cours de l’été! Simple, mais brillant!

Mettre des couleurs dans un site ministériel n’est pas une mince chose. Pourquoi? très simplement la bande bleue du PIV qui est très forte et qui impose une palette malgré elle. La majorité des sites des M/O sont bleus, ou dans des variantes de bleu ou de gris. Bien entendu, certains se démarquent, mais ils sont rares. Nous voulions avoir une coloration plus contrastée et devions faire attention aux associations de couleur (rouge pour incendie, bleu pour police, vert/brun pour SQ…). Notre choix s’est donc tourné vers le orange, reprenant ainsi la couleur de l’ancien site, mais avec un peu plus de punch (ouais, ok, il y a du orange et du bleu dans le sigle de la sécurité civile, je sais).

Là où le bat blesse, c’est le format. Ouin, bon, ok… on a conçu le site pour les écrans de 1024 pixels de large et plus. Le site est vraiment conçu pour une consultation sur un poste de travail et ne vise pas les appareils mobiles (du moins, pas pour l’instant). Je sais, c’est un peu limitatif, considérant qu’il y a maintenant des appareils mobiles qui permettent un affichage décent des sites Web. Or, si on regarde bien nos statistiques, nous avons un mirobolant… 200 visites par mois par mobiles, sur un total de 46 000. Bref, c’est encore assez marginal. Va tout de même falloir penser à ça éventuellement… Parlant de mobiles, près de 70% sont des iPhones/iPods… alors notre animation Flash en page d’accueil fait patate… à corriger aussi éventuellement (HTML5?).


Le PIV sans image (blanc) devient une pratique répandue dans le design de sites ministériels.

Pour ce qui est du PIV, je dois avouer que nous avons eu un certain débat interne, à savoir, le mettons-nous «blanc» (pas d’image au dessus de la bande bleue) ou non. Personnellement, je préfère, et de loin, le PIV blanc. C’est en fait une tendance lourde, la majorité des sites gouvernementaux prennent cette «nouvelle» approche épurée. J’en ai déjà parlé dans un autre billet. C’est tout à fait légal et accepté, selon les règles du PIV. Je dirais que ça permet de se réconcilier avec le PIV…

Utilisabilité

Le site a fait l’objet d’un test d’utilisabilité avant sa livraison, mené par l’équipe de projet interne. Ces tests nous ont permis de réaliser que plusieurs petits problèmes s’accumulaient et nuisaient à la navigation. Nous avons corrigé plusieurs de ces erreurs. Le site fait l’objet d’une amélioration continue de façon à améliorer son utilisation et il va certainement évoluer avec le temps.

La bande Vous-êtes... dans le site
La bande «Vous-êtes…» n’est pas encore tout à fait au point, quoi que très utile selon les tests et nos statistiques.

La bande «Vous êtes» est un exemple de composant qui devra probablement être amélioré car elle est souvent sujette à débats. Sa forme actuelle est déjà nettement améliorée par rapport à celle de départ, suite aux tests d’utilisabilité. Je ne pourrais pas dire que c’est sa forme finale non plus, nous prévoyons y apporter des améliorations notoires éventuellement. Elle n’est pas nécessairement intuitive, mais je crois qu’elle a une grande utilité, soit le repérage rapide d’information destinée à un public cible précis. Par exemple, les pages les plus visitées du site sont des bottins et nous devions trouver des liens sur la page d’accueil, sans surcharger celle-ci.

Un problème plusieurs fois rencontré dans le site est le phénomène du «banner blindness». Les éléments à avoir souffert de ce phénomène pendant les tests est sont le lien «Carrière» en page d’accueil et la bannière de navigation orangée sous le PIV dans les pages de contenu. Ce constat nous a plutôt surpris et nous avons dû apporter de grandes modifications pour améliorer la visibilité et l’utilisabilité des deux éléments. Encore une fois, il y a place à amélioration, mais je crois que c’est déjà mieux.

Alors, qu’en est-il du design?

Réaliser le design graphique du site du ministère de la Sécurité publique a été tout un défi pour l’équipe interne. Nous étions 5 designers (dont deux stagiaires) à avoir «brainstormé» et soumis des propositions au cours de l’été 2009 et c’est la maquette présentée par Évelyne Lafontaine-Morin qui a été retenue. Le concept a évolué au cours de l’intégration du contenu mais l’essence est restée la même. Je lui prédis une belle carrière!!

L’équipe de direction du projet a aussi joué un rôle important dans le processus d’approbation du visuel. Accepter de passer d’un site essentiellement textuel à une version plus photographique a été un bond énorme pour l’organisation. Mais il ne faudra pas en rester là…

Le prochain (et dernier billet) sur la refonte du site du MSP traitera justement de ce qui est prévu comme amélioration pour le site ainsi que l’intégration du Web 2.0 et quelques autres nouveautés. Entretemps, je vous invite à me laisser des commentaires si le cœur vous en dit!

Faire une refonte de site ministériel:

Refondre un site ministériel, partie 2: les gens

Suite au lancement du site du ministère de la Sécurité publique, je partage mon expérience en tant que chargé de projet d’un dossier d’une relative envergure en espérant aider ceux qui auront à faire le même boulot prochainement.

Dans le premier volet, je traitais des technologies qui ont supporté le projet et sont derrière le nouveau site. Maintenant je vais parler des gens, des rôles et des tâches qui ont dû être effectuées pour mener à bien le projet. Bien que ce soit plus de 1000 jours personnes, peu de gens ont été impliqués directement (équipe de développement), mais plusieurs ont gravité tout au long du processus. Voici donc ce second volet.

Faire à l’interne, aide de l’externe

Une décision qui a eu un impact majeur sur les coûts et l’implication des gens, c’est de faire le maximum de travail par l’équipe interne du ministère. Souvent, dans ce type de projet, les contrats sont donnés à forfait, ou «clé en main», avec une série de livrables, mais ce n’était pas le choix de l’organisation.

Nous avions une équipe forte, bien formée et prête à prendre le dossier sur ses épaules. Par contre, nous savions que de l’aide externe de spécialistes pour certains aspects du projet ne serait pas de trop. C’est l’orientation choisie.

L’appel d’offre avait donc cette teneur. Nous voulions de l’aide précise pour:

  • L’enquête utilisateur;
  • L’architecture de contenu;
  • La rédaction Web;
  • La gestion du changement;
  • Le développement TYPO3.

Je répète, c’était de l’aide, pas nécessairement du tout fait. Ça a donné des réponses assez intéressantes de la part des firmes, soit des consortiums. Les gagnants étaient Infoglobe (Yannick Pavard et Michaël Miousse principalement), avec Zengo (Michaël Carpentier et Alexandre Camden), Daniel Lafrenière et GP3 (Cécile Baraillé).

Nous avions donc des spécialistes pour travailler avec nous, qui allaient nous aider à réaliser le projet. Je détaille plus loin le rôle de chacun. L’équipe interne n’était pas sans restes non plus. Parlons-en.

L’équipe interne

On peut dire que l’équipe interne est divisée en trois groupes:

  1. Équipe de projet (techno);
  2. Équipe de pilotage (communications);
  3. Équipe cliente (directions génréales [DG]).

L’équipe de projet est celle de la Direction des technologies de l’information (DTI). Nous étions les responsables du projet, pour tout ce qui touchait la technique et la gestion du projet. Nous avions une graphiste (Évelyne Lafontaine-Morin, qui nous a quitté pour d’autres cieux), une intégratrice, un développeur PHP/TYPO3, un webmestre technique et moi (rôle parfois difficile à définir…).

L’équipe de pilotage, ce sont les communications, ceux qui ont à alimenter et maintenir le contenu dans le site. De leur côté, il y avait la chargée de projet et une équipe d’intégration de contenu. La pilote du projet faisait le pont avec l’équipe cliente, soit les représentants des DG et la haute direction.

L’équipe cliente était composée de représentants des différentes DG et étaient responsables de certains volets contenu du site ministériel. Ils devaient faire la révision, la validation et/ou la rédaction des nouveaux contenus ou participer aux rencontres d’enquête utilisateurs. On compte près d’une trentaine de personnes au total.

Communication entre équipes

Il y avait une communication interne constante entre chacune de ces équipes. Nous avons tenté la création d’un blogue interne, mais je l’avoue, malgré ma verve et ma ferveur sur le sujet, ça a été plutôt difficile. Nous l’avions créé en extranet au début, puis transféré en intranet, mais il était trop tard. La culture interne nous ayant rattrapé, l’utilisation du blogue s’est avérée très peu convaincante.

Il aurait fallu faire une alimentation plus fréquente du blogue et annoncer les mises à jour aux intervenants du projet (toutes les équipes). Un autre gros problème était que les représentants externes n’avaient pas accès au blogue s’ils n’étaient pas dans le réseau. C’est pourquoi nous l’avions mis en extranet, mais le mot de passe en rebutait plusieurs. Bref, une accumulation d’erreurs qui ont fait tomber l’idée dans l’oubli.

Nous avons donc favorisé la méthode traditionnelle. Une fois semaine, les trois chargés de projet (pilote, chargé de projet de la firme et votre humble serviteur) se rencontraient pendant 45 minutes où on réglait nos trucs. En parallèle, dans l’équipe techno (interne), on se rencontrait deux fois semaine pendant 15 à 20 minutes pour faire le point, en répondant à ces questions:

  • Qu’avez-vous fait depuis la dernière rencontre?
  • Qu’allez-vous faire d’ici la prochaine?
  • Qu’est-ce qui vous bloque?

Ces rencontres se sont avérées fort utiles. Nous avons pu cibler des goulots ou des problèmes et les régler rapidement. Elles se continuent malgré la fin du projet.

Enquête utilisateur

L’enquête utilisateur est le seul livrable qui a été fait «clé en main». C’est Daniel Lafrenière qui en avait la charge. Il a fait des entrevues avec plus de 40 employés du ministère qui sont en contact régulier avec la clientèle. Les constats ont été fort utiles pour le reste du projet.

Ces entrevues ont permis de créer des personnages, des profils types de clients du ministère. Nous pouvions donc plus facilement cibler ces gens — c’est ce qui a mené à la création du «Vous-êtes» dans le site. Nous nous sommes aussi servi de ce livrable pour la création des tests utilisateurs.

Dix profils types ont été ciblés, où Daniel a ciblé les déclencheurs pour entrer en contact avec le ministère et les objectifs de la visite. Par exemple:

Citoyens sinistrés

Déclencheurs
Urgence (p. ex. : niveau d’eau qui monte)
Inondation à la suite de pluies diluviennes ou de la fonte des glaces.
lissement de terrain.
Évacuation (p. ex. : événements d’Oka).
Réception d’un chèque.
Objectifs
Savoir :

  • S’ils sont admissibles à la suite d’un sinistre.
  • Ce qu’ils peuvent faire réparer.
  • Quel montant le Ministère va leur donner (à la réception du rapport de dommages par l’expert).
  • Les prochaines étapes au cours des prochaines heures, semaines, mois, années suivant un sinistre.
  • Quelles documents produire avec leur réclamation.
  • Comment compléter le constat de dommages.

Architecture de contenu et rédaction Web

Le volet architecture de contenu et rédaction Web a été fait conjointement avec la firme Zengo. Dans le but de bien déterminer comment classer le contenu, nous nous sommes basés sur les travaux de Daniel, mais nous avons intégré une vingtaine de personnes du ministère responsables des différentes directions générales.

Les constats étaient parfois surprenants. Certaines informations demandées par les gens ne pouvaient simplement pas être diffusées ou n’étaient carrément pas disponibles, ou encore nous avons des obligations de diffusion d’infos qui, on doit l’avouer, intéresse très peu les visiteurs!

Cette implication des gens des DG a eu un impact que je crois fort positif sur le déroulement du projet. Les gens se sentaient ainsi plus impliqués que s’ils avaient eu seulement à donner des commentaire sur un livrable produit par une firme.

Le développement

Pour ce qui est du volet développement du site (fonctionnalités, configurations, gabarits…), nous avons pris l’option de faire le plus de travail possible à l’interne et d’utiliser les ressources externes en appui pour les tâches plus complexes ou qui demandaient une expertise que nous n’avions pas.

Cette approche nous a permis de nous concentrer sur ce que nous connaissions bien, de nous assurer que le travail était fait à notre façon et la firme nous offrait un support pour complémenter ou améliorer nos façons de faire. Encore une fois, pas de clé en main, mais plutôt un travail conjoint, nous sommes donc en maîtrise de ce qui a été livré.

Le développement TYPO3 était parfois assez élaboré. Par exemple, nous devions faire un lien avec des Bd Oracle pour alimenter des bottins, mais nous voulions que les bottins soient assez versatiles pour être utilisés autrement. Cette complexité s’est traduite par une extension très poussée développée par Michaël Miousse, à laquelle il a ajouté le volet géomatique (Google Maps, et éventuellement probablement la géomatique ministérielle).

La gestion du changement

Un volet souvent oublié dans le cadre d’un projet, c’est la gestion du changement. C’est la direction des communications qui a proposé d’ajouter ce pan de mur dans l’appel d’offres, et je dois avouer que ça nous a été fort utile.

Il fallait connaître le processus de diffusion de l’information actuel et voir comment l’améliorer à l’avenir. Bien que cette tâche ne soit pas encore tout à fait complétée, nous avons pu mettre en place certaines propositions énoncées.

De plus, modifier un site comme le nôtre a des impacts à divers niveaux, principalement sur les personnes qui sont habituées de fonctionner d’une certaine façon. Le plan de gestion de changement proposait des façons de faire pour minimiser les impacts. Bien entendu, les impacts sont toujours là, mais on a pu éviter certain contrecoups.

Vous comprendrez que ce n’est pas là ma spécialité et que je suis un peu embêté de pousser plus loin les détails…

Cohésion des équipes

Finalement, s’il est un point majeur dans le cadre du projet que nous devons relever, c’est la cohésion des équipes de travail. Pour la première fois, les deux équipes Web (communications et informatique) ont dû travailler ensemble pour livrer un produit conjoint. L’occasion ne s’était pas présentée avant.

Encore maintenant, les impacts sont présents car il y a plus d’échanges entre nous. Bien entendu, il y a des irritants, des problèmes, mais les communications sont nettement plus grandes. Bon, il faut dire que nous (l’informatique) n’étions pas tellement impliqués dans l’ancien site… m’enfin.

Je crois qu’il est important, pour un projet d’une telle envergure, d’avoir un maximum de participation des réalisateurs, des gens sur le plancher. Ce sont eux qui seront la locomotive une fois le site en ligne, qui proposeront des nouveaux contenus, qui voudront améliorer le site, y travailler car ils sente qu’ils font partie du site. Ils en récupèrent une partie de la propriété.

Bref, bien que rien ne soit parfait, je crois qu’on a réussi un tour de force majeur en faisant participer une quarantaine de personnes (peut-être plus), internes ou externes au projet.

Faire une refonte de site ministériel:

Faire une refonte de site ministériel, partie 1

Quatre volets…

Nous venons de livrer le tout nouveau site du ministère de la Sécurité publique, un projet d’une relative envergure (à peu près 1000 jours/personnes) et j’ai été nommé chargé de projet d’office. Réaliser une telle tâche, dans le contexte gouvernemental, n’est pas toujours facile, mais le résultat est, je crois, très satisfaisant.

C’était pour moi la première fois où j’avais à gérer un si gros dossier et j’ai appris énormément au cours du processus. Dans une série de quatre articles, je vais donner mes impressions personnelles sur ce projet et donner quelques informations qui pourront aider ceux qui auront à faire des projets semblables à l’avenir… du moins, je l’espère! Ces quatre articles toucheront: la technologie, les gens, le design et l’innovation.

Je vous invite donc à suivre mes impressions, commentaires et autres trucs au cours des articles, et à les commenter. Allez, hop! On commence!

Refondre un site ministériel, partie 1: la techno

Constats

Ancien site ministériel

Dans le meilleur des mondes, même Jakob le dit, il faut éviter de faire une refonte majeure, à la «Extreme Makeover», mais il y a des situations qui l’obligent. Nous étions dans cette situation.

Au moment d’entreprendre les travaux, le site ministériel était hébergé sur un serveur Windows, avec IIS. Composé presqu’entièrement de page HTML statiques, maintenues grâce à DreamWeaver et ses gabarits, il y avait une petite portion des documents qui étaient gérés par un CMS maison en ASP.

Le site roulait depuis 1998, il avait évolué, certes, mais le volume (près de 5000 pages, selon les données qui m’ont été fournies) et le fait qu’il était toujours géré «à la mitaine», limitait grandement les possibilités d’améliorations.

Bref, il fallait faire quelque chose.

Un choix techno

Site du Bureau du coronerD’un autre côté, le ministère s’est doté d’une expertise en TYPO3 au fil des ans (depuis 2007), principalement pour les sites des divers organismes (dont le Bureau du coroner, notre dernier gros projet de refonte) et des sites internes.

Les infrastructures internes passent tranquillement sous Linux, nous avons testé l’implantation de WordPress pour certains projets (le dernier en date est celui du blogue de géomatique). Bref, nous étions prêts pour faire le passage d’un gros site vers TYPO3. La direction des communications (la direction cliente, qui gère le contenu du site), avait aussi été initiée à TYPO3 par la refonte technique de l’intranet ministériel.

TYPO3Nous avions donc choisi de faire le passage à TYPO3 pour le site ministériel. Ce choix s’explique aussi par la grande flexibilité du produit. Nous savions, avant de commencer le projet, que la majorité des demandes ou besoins exprimés par le client seraient répondus, sinon par une extension existante, par le développement d’une nouvelle.

Pour les gens du gouvernement intéressés à en apprendre plus sur les extensions utilisés et les modifications apportées à TYPO3 dans le site ministériel, nous organisons une petite présentation le 20 avril prochain dans nos locaux. Les places sont limitées…

Données corporatives

Bottin de la sécurité incendie

Un autre gros changement dans le site, c’est l’utilisation des données corporatives, sur Oracle, plutôt que d’avoir des systèmes basés sur des Bd Access. Ça peut paraître bénin pour quelqu’un qui ne travaille pas au gouvernement, mais c’est tout un changement de culture!

Nous avions des bottins dont les informations étaient maintenues en parallèle de celles contenues dans de gros systèmes corporatifs. De puiser dans les données corporatives a fait sortir plein de petits problèmes de mise à jour de ces informations… Disons que ça a levé de la poussière!

Techniquement, nous utilisons une petite Bd Oracle XE (une banque très limitée – mais vu le nombre d’enregistrement, c’est pas stressant) pour les données des bottins corpo. C’est une réplication des données internes, il n’y a pas d’accès aux grosses Bd internes… Toutes les autres données nécessaires pour le site sont sur MySQL.

Suivi des demandes

JIRATout au long du projet, nous avons tenu un journal des demandes, que ce soit pour l’équipe de développement, l’équipe de contenu (communications) ou pour les consultants externes. Il fallait avoir un suivi du travail et savoir qui faisait quoi… je ne vous apprends rien!

Nous avons utilisé un outil implanté depuis quelques années maintenant au ministère, soit JIRA. Bien que ce soit plus adapté à des équipes de développement informatique, l’outil est assez malléable pour nous permettre de s’en servir dans le cadre de projets de refonte de sites Web.

Ce n’est pas du logiciel libre, mais disons que la philosophie s’en rapproche drôlement. Il existe d’autres outils du même type, mais disons que JIRA nous a satisfait amplement!

Travail collaboratif

Pour faire la rédaction du site ministériel, nous devions avoir la possibilité de faire du travail collaboratif. Il n’était pas question de se transmettre une quantité phénoménale de documents Word par courriel ou encore de les déposer sur des serveurs réseau (nous n’avons pas d’environnement partagé entre tous les intervenants). Nous n’avons pas de solution de GED non plus. Il fallait absolument trouver une solution.

C’est Google Documents qui a été la réponse. Avec l’aide de Zengo, nous avons créé une grille de suivi des contenus dans laquelle nous pouvions savoir si un contenu était nouveau ou conservé, validé, révisé ou intégré. Chaque nouveau contenu était un document google indépendant, partagé entre tous les participants.

Google Docs, le document de suivi de la rédaction

Les informations devaient éventuellement se retrouver sur Internet, donc il n’y avait aucun document sensible ou risqué. La solution Google s’est imposée d’elle-même et a été fort appréciée.

Au début du projet, nous devions partager chaque document, mais en cours de route, Google a fait évoluer sa suite en ligne et il devenait alors possible de partager un dossier contenant divers documents. Dommage que ce ne soit arrivé que plus tard.

Statistiques d’achalandage et liens brisés

Encore une fois, c’est Google qui nous a offert la réponse. Un point majeur dans le nouveau site était le suivi des liens brisés. Nous devions avoir un outil permettant d’en faire la liste et ceux offerts sur TYPO3 avaient des problèmes, principalement de performance et de convivialité.

Google AnalyticsSans que ce soit la panacée, nous avons implanté le Google Webmaster Tools dans le site, ce qui nous permet de vérifier plein de trucs, comme les liens brisés! Il y a plus, mais je ne m’étalerai pas sur le sujet, à vous de tester ce que ça donne.

Pour les statistiques d’achalandage, nous avons décidé de faire le grand saut vers Google Analytics (GA). En fait, l’ensemble des sites que nous gérons (Internet, intranet et extranet) utilisent GA, mais nous avions, historiquement, un fournisseur de service en plus. Pour des raisons économiques principalement, et pratiques, l’équipe de gestion du projet a pris la décision de ne recourir qu’à Google Analytics pour le nouveau site ministériel.

Encore du Google?

L'utilisation de cartes dans les bottins

Bien oui, encore du Google… mais cette fois, c’était notre second choix. Nous avons implanté, dans diverses pages du site, des bottins avec carte de référence. Or, nous voulions implanter le module géomatique développé au ministère par l’équipe interne, sur une base de logiciels libres et puisant dans les informations gouvernementales. Or, les infrastructures n’étaient pas prêtes à supporter la charge du site et nous devions retarder la mise en place de cette plateforme.

Nous nous sommes donc retournés vers Google et son service de cartes pour l’instant. Nous devrions, lorsque le service sera disponible, mettre en place les cartes ministérielles. D’ici là, ben, oui, encore du Google…

… et WordPress!

Nous avons prévu une notion de «site d’urgence». Ce n’est pas encore tout à fait au point, c’est un «Work in progress». Pour cette option, où nous avions besoin de légèreté et de rapidité, de facilité d’utilisation et de mise à jour, nous avons privilégié Word Press à TYPO3.

Lorsque ce sera prêt, et que l’occasion s’y prêtera, j’en reparlerai plus longuement…

En conclusion

Le nouveau site du Ministère de la sécurité publique est fortement supporté par des outils à code source libre (Open Source) ou des produits gratuits, «on the cloud», comme on dit. Ces solutions légères nous ont permis:

  • Une économie certaine;
  • Une réutilisation de l’existant (pas besoin de réinventer la roue);
  • De profiter d’une expertise locale;
  • De partager nos apprentissages et développements à la communauté;
  • Un travail collaboratif.

Je souhaite que d’autres projets puissent s’inspirer de ce que nous avons réussi à faire au cours des derniers mois. Nous avons pu explorer plusieurs outils qui, il y a quelques années, n’existaient même pas. Ils nous ont permis de sauver temps, argent et probablement bien des chicanes!

Je vous reviendrai prochainement avec le second volet où je traiterai des intervenants impliqués dans le projet, qui ils sont et quel a été leur rôle. Restez à l’affût!

Faire une refonte de site ministériel:

Une fin de projet…

Je l’avoue, j’ai délaissé mon blogue depuis quelque temps, tout comme Twitter et plein d’autres trucs. Pourquoi? vous le verrez bientôt, on va mettre à jour le site du ministère de la Sécurité publique.

Cette refonte est majeure pour ce site qui a maintenant près de 12 ans d’âge. Le projet a été majoritairement réalisé à l’interne, avec le support d’un consortium dirigé par la firme Infoglobe de Québec. Daniel Lafrenière, Zengo et GP3 sont les autre intervenants dans le projet selon leurs compétences respectives. J’y reviendrai.

Le site devrait être lancé à la toute fin de mars, le 30 si tout se déroule comme prévu. C’est beaucoup de travail qui a été fait; passer d’un site de quelques milliers de pages statique HTML à une plateforme comme TYPO3 n’est pas une chose évidente.

Il y a aussi beaucoup d’intervenants. L’information est produite par des dizaines de personnes, il faut la valider et la revalider, la corriger, la mettre en forme (pour le Web) – et non, ce ne sera pas tout fait pour le lancement. Trop de choses à revoir. Il y a la direction de l’informatique qui gère l’outil (TYPO3) puis la direction des communications.

J’en suis à préparer quelques billets sur la réalisation du projet. Je vous invite donc à rester à l’affût au cours des prochains jours.

Sites touristiques: tendance ou hasard?

Dernièrement, je publiais un billet où je présentais un genre de palmarès des plus beaux sites de l’administration publique québecoise. Parmi ces sites, la SÉPAQ qui marque par l’utilisation de grandes photographies pleine page.

Je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement entre ce site et le nouveau site de l’Office de tourisme de la ville de Québec, lancé cette semaine:

Ce site a été conçu par l’agence Nofolo, un très beau site, qui fait partie d’une vaste campagne (si j’ai bien compris les commentaires d’un responsable de l’Office de tourisme en entrevue à Radio-Canada hier).

Alors, vous voyez bien que le visuel est très «semblable». Sans vouloir critiquer, je me demande surtout si c’est un hasard ou bien une tendance lourde dans le monde des sites de tourisme. Perso, j’adore l’approche, les deux organisations ont la chance de pouvoir mettre de l’avant de superbes photographies!

Une visite rapide sur le net ne me permet pas de trouver de sites de tourisme utilisant la même approche, sauf peut-être Tourism Australia dont le concept pourrait se rapprocher.

M’enfin. C’est pas une critique ou une accusation de plagiat, seulement une constatation. Je trouve que les deux sites sont vraiment très beaux, fort intéressants et l’utilisation de photographies est un gros plus! Peut-être un peu trop «stagées» dans le cas de l’Office de tourisme de Québec, par contre (la porsche dans le Petit-Champlain, entre autre…).

Vivement d’autres beaux sites du genre!