Blogs @ gouv

Pendant le WebCom, j’ai pu discuter avec Sylvain Carle et Mario Asselin, deux des co-auteurs du livre «Pourquoi bloquer dans un contexte d’affaires?» et je leur ai soumis la question des blogs gouvernementaux. Leurs réponses me seront très utiles pour la préparation de ma présentation.

Tout d’abord, je dois dire que j’ai reçu une copie du livre Pourquoi bloguer, c’était un «cadeau» inclus dans les frais de 400$ de la conférence WebCom (en plus de la boîte de TicTacs). J’ai à peine eu le temps de me taper le premier chapitre, et déjà je trouve plein d’informations palpitantes et à propos! Bref, ma présentation avance bon train!

Mais revenons à nos moutons, soit Mario et Sylvain. Tous deux sont rès emballés par l’idée de faire des blogues au gouvernement. Le premier point qui ressort, c’est l’humanisation des communications gouvernementales avec le citoyen. J’avoue que c’est un point majeur.

Il est essentiel que la personne qui publie les billets soit nommée, que ce soit une vraie personne, pas un attaché de presse ou un agent de communication qui écrit pour les autres. Cette notion est la plus difficile à faire avaler au gouvernement…

Pour ce qui est de l’aspect de la sécurité, du risque de fuites, ça va arriver. Effectivement, c’est un risque à prendre… mais il faut être prêt à vivre avec les conséquences et, lorsque ça arrivera, les bénéfices du blog auront largements surpassé les effets négatifs.

Pour ce qui est des commentaires, on doit les permettre, mais il faudrait mettre un avertissement du genre: «Le ministère X n’est pas responsable des propos tenus dans les commentaires et se réserve le doit de modérer ou censurer les commentaires jugés désobligeants ou déplacés». On ne se gêne pas de modérer les messages non conformes, mais on les laisse en place, on ne fait que mettre un extrait et on indique que le reste a été supprimé car il est jugé désobligeant… C’est une bonne idée de Mario, ça!

Bref, il est probablement possible de faire des blogs au gouvernement. Je vais tenter de le prouver, mais je ne sais pas trop ce que ça va donner à moyen ou long terme. Quoi que je suis en train d’en mettre un en place pour un client (un blog privé sur un extranet). Je souhaite que ça marche.

En faisant des petits pas, on pourra faire entrer le gouvernement du Québec dans le Web social!

En quoi un blog peut être utile pour un organisme public?

Voilà! c’est le sujet de ma présentation de décembre prochain. Maintenant, je lance la discussion car je crois qu’il y a matière à débat.

Tout d’abord, il faut s’entendre sur la définition de blog. J’irai court en disant que c’est un site à l’architecture simple où un (ou plusieurs) auteurs (identifiés – par un pseudonyme ou leur nom réel) publient des billets classés en ordre chronologique inverse. Il existe des définitions plus détaillées, mais ce n’est pas le sujet du présent billet.

Partant de ce constat, on peut donc dire qu’un billet écrit sur un blog est personnel, qu’il présente un point de vue, donc qu’il n’est pas nécessairement objectif. On peut faire un parallèle entre le blog d’organisme publique et le blog d’entreprise:

Certaines entreprises mettent en place des « blogs d’entreprise » publics ou à usage interne. Même si, généralement, les entreprises disposent déjà d’un site Web, le blog d’entreprise permet une communication moins officielle, plus réactive et permettant une interactivité en temps réel. (Wikipedia)

Le blog d’entreprise peut être apparenté à un blog collectif où plusieurs auteurs peuvent collaborer, en leur nom, dans un espace prévu à cet effet. Pour ne citer qu’un exemple, le Yahoo! User Interface Blog.

Je m’empresse de préciser qu’il n’est pas question de blogues politiques ici (ministre ou député), mais plutôt d’un blog qui serait maintenu par un organisme publique pour diffuser de l’information. Je précise un peu plus loin les conditions qui pourraient caractériser un tel blog.

Et puis, les blogs pour un M/O?

J’y viens… Le danger associé avec la mise en place d’un blog ministériel, par exemple, c’est le risque que ce dernier soit un blog top-down, que la direction veuille en contrôler le contenu. Or, depuis toujours, les blogs sont plus associés avec le bas de la hiérarchie, ou alors non associé du tout avec la hiérarchie.

Il n’y a pas d’exemple de blog pour un site gouvernemental Québecois, et au Canada, ça semble assez limité aussi. J’ai trouvé quelques exemples comme le Conseil national de recherche du Canada ou le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada. Aux États-unis, ça semble plus commun, un bon exemple est la librairie du congrès. Mais le meilleur, c’est qu’on retrouve même un blog pour l’ensemble du gouvernement (ça semble être une initiative récente, soit septembre 2007)!

Sur les sites de M/O actuels, on retrouve des sections de nouvelles informant des décisions ou des orientations du M/O de façon non nominative (auteur inconnu – une direction des communications, par exemple). Ce ne sont pas des blogues.

Un M/O qui déciderait de faire le grand saut devrait accepter de lâcher prise sur les informations détenues par son personnel (une décentralisation et peu de pouvoir discretionnaire sur ce que les auteurs écrivent). Il faudrait donner de la personnalité au contenu. Donc, un blog d’organisme publique serait, selon moi:

  • Un blog tenu par des individus possédant l’information du M/O (information de mission);
  • Chaque billet est signé par un auteur précis;
  • Un espace physique géré par le M/O (nom de domaine du M/O);
  • Le M/O accepte la critique et les commentaires et l’auteur répond aux lecteurs;
  • Les auteurs ont du temps de prévu pour ces tâches, c’est reconnu et accepté;
  • Les auteurs souscrivent à une étiquette et savent qu’ils sont responsables de leurs propos, en contrepartie, les autorités ne s’ingèrent pas dans le choix des sujets ni ne censurent;

Si on prend l’exemple du GovGab cité plus haut, on retrouve une politique de confidentialité assez intéressante, particulièrement ce point:

The views expressed on Gov Gab are those of the individual bloggers. These views and posted comments do not necessarily reflect those of the U.S. General Services Administration (GSA), Office of Citizen Services (OCS), or the federal government.

La caractéristique du blogueur individuel est donc reconnue par l’organisme publique et celui-ci donne la latitude à l’auteur tout en spécifiant que ce sont là ses commentaires, son point de vue. Peut-être est-ce là une clé pour un blog de M/O.

Malgré tout, comment un M/O peut-il se permettre d’offrir à ses employés un espace de blog? Et que donnerait un blog dans un M/O

Prenons l’exemple d’un employé d’un ministère, comme les ressources naturelles, disons un géoloque. Si le ministère décidait de lui offrir un espace de blog, au domaine qui ressemblerait à …gouv.qc.ca/blog/Untel, le géologue aurait alors un espace où il publierait ses recherches, ses questionnements, les recherches de ses collègues, pointerait sur des articles. Il disposerait donc d’une plate-forme de collaboration. Il recevrait des feed-back, aurait le pouls de la communauté… mais aussi, il pourrait s’échapper, dire des choses qui ne devraient pas sortir dans le public, diffuser des informations privilégiées sur, je ne sais pas, moi, un filon d’or magistral dans le Grand-Nord…

Le blog est un couteau à deux tranchants. Il est une mémoire de l’individu, une fenêtre vers l’extérieur, un outil bidirectionnel. Mais c’est aussi un risque de fuite, de polémique, de perte de contrôle.

Ouais, bon… mais ça ne répond toujours pas… Oui ou non pour les blogs d’organismes publiques?

Quand j’ai commencé à creuser la question, je dois dire que la réponse qui m’est venue à l’esprit était un «non» catégorique. Puis, en réfléchissant, en cordant du bois (ben oui, c’était une de mes activités en fin de semaine!), je dois dire que mon avis est devenu plus nuancé.

Après tout, je suis au publique et j’ai un blog. Bon, c’est un blog professionnel personnel, hébergé à l’extérieur des murs de mon bureau, mais mon patron m’encourage à le maintenir (il me donne même des petits trucs parfois!).

Pourquoi ce ne serait pas possible d’offrir à ceux qui le désirent une telle plateforme au gouvernement? J’avoue que c’est risqué, mais le jeu en vaut peut-être la chandelle.

Tout en écrivant ce billet, avec les recherches que j’ai faites sur le Web et en voyant que divers organismes publiques ont fait le grand saut (le GovGab est un excellent exemple, mais aussi la librairie du congrès), mon avis a dramatiquement changé et oui, je suis pour les blogues publiques. Je crois qu’il est nécessaire, surtout dans un contexte de diminution de la taille de l’état, d’offrir au personnel des outils pouvant leur permettre de transmettre leurs connaissances et d’interagir avec les gens oeuvrant dans le même domaine qu’eux sur le Web.

Malgré tout, oui au blog de M/O, mais, dans le contexte actuel, ça prendrait des décideurs aux reins franchement solides!

Et vous, qu’en pensez-vous?