Des nouveaux défis pour la stratégie de communication numérique

Voilà, après un peu plus de deux ans au ministère de la Santé et des Services sociaux comme chef du «service des communications et des relations avec les citoyens» (un titre bien particulier pour identifier ce que je faisais, dans les faits – je m’occupais principalement de l’équipe Web, des graphistes et du bureau des renseignements) puis chef du «service des communications stratégiques et numériques» (pour un bref deux mois), je quitte mes fonctions pour aller travailler à l’implantation de la «Stratégie d’optimisation des communications numériques et des présences Web gouvernementales» (ok, là, vous pouvez respirer).

Dernière journée avec mon Blackberry. Ça fait tout drôle de ne plus l’avoir avec moi. Je sens encore les vibrations fantômes des nombreux courriels reçus…

C’est vendredi en après-midi que j’ai eu le premier choc, en déposant mon BlackBerry  sur le bureau, l’écran indiquant la fermeture imminente (aussi imminent que peut être quoi que ce soit sur un Black), chose que je n’ai pas vue souvent dernièrement. J’ai alors commencé à réaliser que c’était la fin d’une ère, une étape que je franchissais. Je crois que la première équipe qu’un gestionnaire monte et encadre reste gravée pour toujours en tête, et c’était la fin avec cette équipe.

Bâtir son équipe

Je suis arrivé en poste en 2014, dans une équipe brisée, démoralisée. L’ambiance était grise, les clients n’étaient pas heureux, les collègues évitaient le secteur… Bref, j’étais le gars qui devait rafistoler le tout. Ouf, j’ignorais totalement dans quoi je m’embarquais.

Il y a eu rapidement quelques mouvements de personnel (départ et congés de maternité en retour ou en sortie), j’ai dû faire quelques embauches, réorganiser les rôles, changer des façons de faire. Les premiers mois ont été difficiles, tant sur le plan gestion que sur le travail au quotidien: réorganisation du réseau, programme d’identification visuelle, moratoire Web, rationalisation des sites Web… Il a fallu user d’ingéniosité, de patience et, surtout, motiver les troupes. Puis, en un éclair, la première année s’est terminée.

Cette première année a été pour moi énormément d’apprentissages. J’ai pu compter sur le support de ma patronne, des collègues et une équipe d’enfer, qui ont complètement changé la dynamique du groupe. Après seulement un an, le service était méconnaissable. Ça riait, les collaborateurs étaient [plus] heureux, les collègues recommençaient à passer dans le secteur, les projets avançaient et on livrait. Puis est venue la seconde année où on a bâti là dessus, poussé plus loin encore.

Voir venir…

Au cours de ces deux années, j’ai suivi quelques formations, dont une en particulier où on traitait de vision de gestion et autres trucs du genre. La formatrice parlait, entre autres, de la difficulté de développer une telle vision dans le contexte actuel de la fonction publique: rationalisation, changements fréquents, pression sociale et tout… Mes collègues, qui vivent des situation bien différentes de la mienne, je dois l’avouer, abondaient dans le même sens. Pas moi.

J’avais de la difficulté à me convaincre que c’était si difficile de savoir où on va… et si on ne sait pas ça, il y a de bonnes chances que l’équipe ne puisse pas suivre, hein? Je voyais les travaux en cours pour le développement de la stratégie numérique qui imposerait des changements profonds dans nos modes de communication.  Ce sont des défis, des catalyseurs. C’est alors que j’ai compris ce que je voulais comme vision pour mon équipe: soit vous regardez passer le train du changement ou bien vous embarquez dans le train avec moi, dans la locomotive avec le chauffeur pour participer pleinement à ce changement.

Est venu le jour où des membres de mon équipe sont venus me présenter un projet, une idée qui leur était propre et qui correspondait en tout points à ce que j’attendais d’eux: de l’initiative, de la débrouillardise, de l’imagination et de l’ambition. Une autre idée a suivi, puis une autre… finalement, la graine était semée.

Ils sont rendus avec le chauffeur. Objectif atteint.

Passer le flambeau

Mon équipe Web était plus que juste le numérique. J’avais aussi la production imprimée et la réponse aux citoyens. Puis se sont ajoutées les stratégies et les campagnes sociétales. Pas assez longtemps à mon goût, j’aurais aimé aller plus loin avec ces deux équipes, mais une offre telle que l’on m’a offerte dernièrement ne se refuse pas. C’est donc avec un léger regret que j’ai dû passer le flambeau et que je dois me résigner à laisser à d’autres la chance de continuer ce qui a été commencé.

Je crois malgré tout que la graine a été semée, les équipes ont été contaminées suffisamment pour que je puisse croire que l’évolution est en marche. Mon nouveau mandat nécessitera de penser à de nouvelles façons de faire, des changements dans la manière de communiquer, et j’aurai besoin de piliers, de modèles. Je pourrai fort probablement compter sur eux.

Regarder en arrière, pour aller vers l’avant

Une équipe, c’est d’abord et avant tout des gens, et toutes ces personnes ont laissé leur marque sur un gestionnaire qui a eu besoin d’eux au quotidien, qui leur en a demandé parfois beaucoup. Je me se sentais mal de devoir demander à certains de rester plus tard, de faire de la garde la fin de semaine, de devoir travailler dans des délais impossibles, de devoir refaire en entier un boulot, d’ajouter des trucs affreux à un concept tout à fait acceptable, de contacter un collaborateur ou un fournisseur récalcitrant.

C’était nécessaire, et ils l’ont fait pour réussir à livrer les demandes. Ils ont fait des miracles quotidiens.

Je n’oublierai pas cette équipe, c’est certain. Il faut maintenant regarder vers l’avant, penser à monter une nouvelle équipe, relever des défis quasi impossibles. Bref, bouger des montagnes. Et ça, je crois que je vais y prendre goût.